Comprendre l’influence des opinions publiques sur les négociations climatiques internationales

Le Centre d’Analyse Stratégique (CAS) a confié à Nomadéis la réalisation d’une étude portant sur la perception internationale du discours scientifique sur la menace climatique par les opinions publiques de 6 pays (Afrique du Sud, Brésil, Chine, Etats-Unis, France, Inde).

Contexte

Tafassasset (Niger)

Dans la coopération mondiale contre le changement climatique, les positions prises par les opinions publiques constituent autant de facteurs déterminants, notamment sur les choix des gouvernements et leur disposition à respecter leurs engagements. Ce phénomène est d’autant plus important dans le contexte d’une coopération basée sur des objectifs non contraignants (cf. accords de Cancun en décembre 2010).

Au-delà de leur vécu quotidien et de l’actualité électorale, les opinions publiques sont influencées par les rendez-vous clés de l’agenda international (la COP 15 de Copenhague en 2009 par exemple), mais aussi par le discours scientifique sur la menace climatique.

Dans un jeu d’acteurs qui se complexifie, les experts scientifiques ont un rôle décisif : rôle d’aide à la décision auprès des décideurs, rôle d’éducation, sensibilisation auprès du grand public.

Dés lors, il est essentiel pour les gouvernements de comprendre quelle est la perception, par le grand public, du discours scientifique sur la menace climatique. Une comparaison internationale semble d’autant plus pertinente que la cartographie des intérêts et des alliances entre pays industrialisés, pays émergents et pays en développement apparaît en constante évolution.

C’est dans cet esprit que le Centre d’analyse stratégique (CAS), institution d’expertise et d’aide à la décision placée auprès du Premier ministre, a confié cette étude à Nomadéis. Le CAS a pour mission d’éclairer le Gouvernement français dans la définition et la mise en œuvre de ses orientations stratégiques en matière économique, sociale, environnementale ou technologique.

Objectifs de l’étude

Le cahier des charges initial proposé par le CAS invitait à prendre en compte plusieurs dimensions :

  • Que recouvre la notion de menace climatique et quelles sont ses principales composantes ?
  • Quelles sont les sources de discours scientifique s’y rapportant ?
  • Quelles sont les différentes « postures » observables au sein des opinions publiques relativement à ces enjeux ?
  • Quels facteurs peut-on identifier, susceptibles d’influencer les opinions (contextes nationaux et locaux, variables socioéconomiques, « temps forts » de l’agenda international, etc.) ?

Les principaux objectifs de l’étude ont consisté à :

  • Evaluer l’état et l’évolution de la perception publique des discours scientifique et climato-sceptique, et leur implication sur les politiques climatiques des pays concernés ;
  • Identifier les facteurs de résistance de l’opinion publique vis-à-vis d’un engagement international contraignant ou de mesures nationales ;
  • Proposer des solutions susceptibles de faciliter une meilleure compréhension par le grand public du discours scientifique sur le climat.

Approche méthodologique

Pour réaliser cette mission, Nomadéis a mobilisé ses partenaires stratégiques Semiocast, start-up française spécialisée dans le suivi et l’analyse sémantique de l’expression spontanée sur le web social et K-Minos, agence spécialisée dans le traitement médiatique des grandes questions scientifiques et technologiques contemporaines.

Nomadéis a défini une méthodologie innovante en 5 volets complémentaires :

  1. Une recherche bibliographique avancée, visant à recenser les principaux fondements du discours scientifique sur le climat ainsi que les analyses existantes des réactions des opinions publiques.
  2. Une étude de l’expression du grand public sur le Web, assumant les biais relatifs à l’expression spontanée et mêlant une approche quantitative et une approche qualitative pour l’analyse des données recueillies (cartographie d’espaces conversationnels).
  3. La conduite d’entretiens qualitatifs auprès d’acteurs clés issus des pays concernés par l’étude (journalistes, scientifiques, représentants de la société civile et personnalités disposant d’une compétence transversale sur les questions reliant climat et société).
  4. Une enquête quantitative réalisée en Afrique du Sud lors de la COP17 (17ème conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique, UNFCCC) en décembre 2011 (enquête auprès des participants à la conférence, issus des pays concernés par l’étude).
  5. Une étude ciblée de certains résultats du projet ScenaRio 2012, première enquête mondiale sur la jeunesse et le développement durable menée par Nomadéis et Fondapol dans 30 pays auprès de 30 000 jeunes âgés de 16 à 29 pour la Conférence Rio+20.

Résultats

Le rapport final remis par Nomadéis au CAS comporte d’abord un panorama des différentes sources du discours scientifique sur le changement climatique, pour en exprimer la diversité et en étudier la complémentarité. Ce discours est structuré par la cohabitation entre des sources « institutionnelles » d’une part, et de nombreuses autres sources (politiques, société civile, etc.) d’autre part.

Le discours scientifique sur la menace climatique est relayé auprès des opinions publiques par différents canaux médiatiques. Il a donc paru important d’analyser ensuite le processus par lequel les médias traditionnels assurent ce rôle, d’en montrer les limites, et de souligner la place croissante qu’occupent les médias numériques.

Enfin, Nomadéis relève dans son rapport la diversité des attitudes individuelles et collectives vis-à-vis du discours scientifique sur le changement climatique, en mettant en évidence les tendances principales qui caractérisent l’opinion publique dans les six pays concernés par l’étude.

Dissémination

Le 14 novembre 2012, le Centre d’Analyse Stratégique a organisé un colloque intitulé « Où vont les négociations climatiques internationales ? », autour de la publication de deux études dont celle réalisée par Nomadéis.

Ce colloque introduit par le Directeur Général du CAS Vincent Chriqui a fait intervenir les auteurs des rapports commandés par le CAS, ainsi que des experts des médias, des enquêtes d’opinion et du déroulement des conférences climatiques autour de deux thématiques :   

  • Chine, Brésil, Etats-Unis, Afrique du Sud, France… : comment le discours scientifique est-il reçu dans les pays qui peuvent faire basculer les négociations ? Comment lutter contre le « climato-scepticisme » ?
  • De nouveaux jeux d’acteurs, un nouveau régime climatique : où va la gouvernance mondiale ? Quel rôle pour l’Union européenne ?