Sécurité environnementale : le ministère des Armées sollicite Nomadéis pour développer des partenariats innovants autour de l’initiative « Patrimoine maritime »…

La Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) du ministère des Armées souhaite mettre en œuvre une politique durable d’anticipation sécuritaire environnementale en lançant l’initiative « Patrimoine maritime » dans le bassin maritime d’Asie du Sud-Est…


Contexte

Les liens de causalité entre changements climatiques et conflits suscitent une attention croissante dans les milieux politiques et de défense. Au-delà d’une surveillance accrue du risque d’augmentation des conflits, plusieurs considérations opérationnelles amènent à s’interroger sur le lien entre changement climatique et insécurité.

De fait, plusieurs évènements et annonces politiques de haut niveau se succèdent depuis plusieurs années. En 2015, quelques semaines avant la tenue de la COP21 à Paris, les ministres et hauts représentants de la défense de 33 États et de l’ONU avaient échangé, à Paris, leurs analyses sur les conséquences sécuritaires et de défense du changement climatique à l’occasion de la première conférence internationale de niveau ministériel sur ce thème. La ministre des Armées, dans son discours prononcé à la conférence de Munich sur la sécurité, en février 2018, a annoncé l’investissement de la France dans l’anticipation sécuritaire environnementale. Elle a insisté sur la nécessité de ne pas se contenter de « préparer les guerres de demain » et de penser « à celles d’après-demain ».

De son côté, le ministre de la Transition écologique et solidaire a encouragé, lors du Dialogue de Petersberg, à Berlin, en mai 2017, une approche transversale pour traiter les questions environnementales. Ses priorités portent notamment sur la restauration d’écosystèmes dégradés essentiels à l’alimentation humaine et sur la protection de la biodiversité des espaces maritimes ultramarins, priorités qui correspondent aux défis de sécurité environnementale identifiés par la DGRIS.

Enfin, la prise en compte des enjeux s’est aussi faite à un niveau présidentiel puisque le Président de la République Emmanuel Macron, lors de son déplacement officiel en Australie en mai 2018, a présenté le concept d’axe Indo-Pacifique, qui met en avant la priorité à accorder à la protection des océans.

L’Asie du Sud-Est constitue un centre de gravité écologique et sécuritaire d’importance stratégique pour la France : augmentation en fréquence et en intensité de phénomènes climatiques extrêmes, diminution des ressources halieutiques, stress hydrique, déplacements de populations, sont autant de facteurs qui tendent à altérer la résilience des États, à alimenter l’économie informelle (apparition de nouveaux trafics illicites) et à induire des risques sanitaires à grande échelle. 

 

Dynamique interministérielle

Dans la zone Indopacifique, la préservation des écosystèmes marins constitue un enjeu stratégique de par sa nature systémique et transfrontalière. Cet enjeu a conduit le MINARM à initier une dynamique interministérielle, multilatérale et inclusive d’anticipation sécuritaire environnementale, à travers le lancement de l’Initiative Patrimoine maritime.

Cette initiative entend reposer sur la constitution de réseaux innovants, réunissant des experts en matière de sécurité (traditionnelle et sécurité humaine), des acteurs scientifiques, des décideurs et des acteurs économiques, dans une logique de partenariat interdisciplinaire et de renforcement de l’intelligence collective.  

 

Mission confiée à Nomadéis

La mission d’accompagnement stratégique confiée à Nomadéis par la DGRIS et ses partenaires consiste notamment à :

  • Co-construire le cadre de gouvernance de l’initiative Patrimoine maritime ;     
  • Accompagne le montage de partenariats stratégiques innovants ;
  • Cartographier et analyser les acteurs et initiatives phares en Asie du Sud-Est, en lien avec la gestion durable des écosystèmes marins ;
  • Identifier des actions de coopération internationale majeures susceptibles d’être soutenues et amplifiées ;
  • Concevoir un cadre méthodologique pour l’identification des vulnérabilités écologiques critiques du bassin maritime d’Asie du Sud Est.

 

Ressources complémentaires

 

Pour en savoir plus… Le concept de sécurité environnementale 

Depuis les années 1970, le concept de sécurité environnementale fait l’objet d’une réflexion relativement dense. Peu présent dans la littérature francophone, le concept a surtout émergé dans les débats nord-américains. 

La sécurité environnementale combine les concepts de sécurité et d’environnement Elle se réfère à la fois :

  • Aux problèmes de sécurité provoqués par les sociétés humaines à l’environnement (extraction des ressources, perte de biodiversité) ;
  • Aux problèmes de sécurité provoqués par l’environnement aux sociétés (inondations, ouragans, sécheresses etc.).

Un des grands thèmes du débat sur la sécurité environnementale concerne le lien entre dégradation de l’environnement, raréfaction des ressources et augmentation des conflits. Cette hypothèse a notamment été illustrée dans les travaux de Thomas Homer-Dixon (1994, « Environmental scarcities and violent conflict: evidence from cases »). Ce dernier montre par exemple que le manque de terre ou d’eau provoqueraient des conflits internes, ou par pressions migratrices par exemple, des conflits avec d’autres États.

En France, le spécialiste des questions de géopolitique de l’environnement François Gemenne a contribué à faire comprendre l’articulation entre changement climatique et les enjeux de sécurité. Membre de l’Observatoire géopolitique des enjeux des changements climatiques en termes de sécurité et de défense coordonné par l’IRIS dans le cadre d’un contrat avec la DGRIS ses recherches sont notamment consacrées aux migrations et aux déplacements de populations liés aux changements de l’environnement, notamment aux catastrophes naturelles, ainsi qu’aux politiques d’adaptation au changement climatique.

Pascal Canfin, directeur général du WWF France, rappelle que la lutte contre le changement climatiques est un investissement essentiel pour la paix. Le WWF a d’ailleurs publié à l’occasion de la COP23 un rapport intitulé « Soutenabilité-stabilité-sécurité ».

Au plan institutionnel, la sénatrice Leila Aïchi s’applique à y mettre en avant le rôle de l’environnement dans les relations diplomatiques, comme origine de certains conflits mais également comme solution. C’est dans ce cadre qu’elle a impulsé la rédaction en 2014 d’un Livre Vert de la Défense